Vancouver

JANAKI LARSEN

Célébrant la spontanéité du geste et l’impermanence, Janaki Larsen est une céramiste de l’imperfection. Dans son atelier de Vancouver, près de Granville Island, elle imagine des céramiques modernes où pointent la fragilité.

Janaki Larsen est de ceux qui accueillent l’imprévu. Bords ébréchés, distorsions, asymétries, fêlures. Là où certains verraient une poterie manquée, elle perçoit la beauté de l’imperfection. Embrassant pleinement la philosophie du wabi-sabi, ce concept japonais conjuguant la sobriété et l’impermanence des choses, la céramiste accepte avec joie les aléas de la création. "Je souhaite que mes œuvres donnent l'impression d'avoir survécu à une autre époque et à un autre lieu", avance-t-elle.

Installée à Vancouver, Janaki Larsen rêve aux plaines infinies de l’Alberta. Celles où elle a grandi, au sein d’une communauté d’artistes. Fille de Patricia Larsen, potière et peintre, et de Ron Crawford, peintre et tailleur de pierre, la jeune céramiste a passé une enfance à traîner dans les ateliers, écoutant les conversations sur l’art et sa politique. “Je pensais que tout le monde était un artiste”, avoue-t-elle. Son chemin semblait tout tracé.

L’histoire porte à croire que Janaki a suivi les traces de sa mère. Pourtant, sa discipline ne s’imposera à elle qu’à la fin de ses études. Étudiante à l'Emily Carr Institute of Art and Design de 1995 à 1999, elle doit réaliser des bols en céramique pour une installation. C’est une révélation. L’odeur, les couleurs, la texture de la terre deviennent pour elle une évidence. Désintéressée par l’aspect académique de l’art, Janaki veut faire des choses de ses mains.

Oscillant à la frontière entre conceptuel et fonctionnel, ses créations font toujours la part belle aux lignes douces, minimalistes, modernes. Il en émane une profonde quiétude, renforcée par une décennie de couleurs presque monochromes : des teintes mates de noirs, de gris, de blancs. Pourtant, récemment, la céramiste s’est ouverte à la couleur. Du bleu de cobalt, du rose poudré ont fait leur apparition. Soulignant l’aspect organique de son travail, ces tons suivent les saisons et les éléments naturels : “Première gelée”, “Eclipse”… “Désormais je vois les paysages qui m’entourent en pourcentages d’oxydes.”

Quand elle n’est pas à son établi, Janaki Larsen organise de longs déjeuners, des dîners festifs. Pour elle, l’amour d’un potier pour la gastronomie va de soi : “l’alimentation et la poterie viennent de la terre.” C’est donc naturellement que son savoir-faire se retrouve à la table de nombreux chefs : pour les livres de cuisine de Gwyneth Paltrow, Nadine Levi Redzepi, Francis Mallmann. Ou encore pour imaginer la vaisselle du Noma 2.0 de René Redzepi, à Copenhague. “Il m’envoyait des échantillons de mousses, de roches, d’algues.” Comme la toile du peintre, Janaki Larsen voit dans ses assiettes le canevas des chefs.

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